Fabrication et test d’un abri de balcon réversible recouvert d’une couverture de survie

par | 17 Juil 2020 | Conseil du moment, matériel

Vincent a construit, testé, amélioré un caisson de protection thermique pour son lombricomposteur et il nous a même rédigé un article !

Un caisson de protection thermique, c’est pas un truc pour les fusées ça ?
Eh bien Vincent nous explique tout dans cet article !

Mon abri à lombricomposteur en situation sur mon balcon. A gauche, en configuration été fermé avec son couvercle. A droite, en configuration été ouvert sans couvercle, les panneaux un peu dépliés

Le jour où tout a commencé

Quand j’ai voulu passer du doux rêve d’un compost en appartement à la réalité, je me suis heurté à une difficulté majeure : faire passer l’idée auprès de ma copine. Ses plus grandes craintes étaient de découvrir des vers de terre un peu partout, de subir des mauvaises odeurs ou qu’on soit envahis par les mouches. Bien que je sois parvenu à la rassurer, je restais moi-même un peu inquiet, principalement vis-à-vis des petites bêtes volantes. Premièrement parce que nous en avions déjà tout le temps chez nous mais aussi parce qu’on vit sous les combles, orientés plein sud : chez nous il fait chaud, parfois plus qu’à l’extérieur.

J’ai quand même franchi le pas ; j’ai acheté un City Worms d’occasion et profité de ce site d’enfer pour me faire donner des vers. Sincèrement, je pense avoir fait tout ce qu’il fallait pour éviter les moucherons : j’ai démarré très doucement mes apports de nourriture, introduit beaucoup de carton (mais probablement pas assez), contrôlé l’humidité, l’acidité avec des coquilles d’œuf, aéré la litière, stocké les épluchures à l’abri d’une éventuelle ponte, etc. Mais rien n’y a fait, bientôt c’était l’invasion. La seule solution, mettre le compost dehors sur mon balcon [1].

Quand on est confiné, on a des idées !

 
 

Heureusement, je me suis récemment trouvé avec beaucoup de temps sur les mains sans la possibilité de sortir trop loin de chez moi, alors je me suis lancé dans une idée que j’avais : faire un abri un peu chiadé pour mon lombricomposteur sur mon balcon orienté plein sud, au dernier étage, sans ombre. L’idée était de construire un meuble réversible couvert d’une couverture de survie. Une couverture de survie possède deux faces : une face argentée réfléchit les rayonnements infrarouges, une face dorée les absorbe.

Le réchauffement, comment ça marche

 

En théorie :

Les rayonnements infrarouges sont responsables du réchauffement de la matière par rayonnement (d’accord, ça ne vous avance pas beaucoup). On trouve ce genre de rayonnement dans la lumière du soleil bien sûr mais ce sont également la chaleur des rayonnements infrarouges que vous sentez devant un feu par exemple, sous une lampe, sous un grille-pain de terrasse de bar. Enfin, tout corps chauffé réémet une partie de la chaleur qu’il a absorbé sous forme de rayonnement infrarouge, c’est notamment pour ça que les villes se refroidissent moins vite la nuit : tout le bitume sombre réémet sa chaleur !

Ce qu’il faut retenir : bombardons notre composteur de rayonnements infrarouges pour le chauffer en hiver, bloquons ces rayonnements pour le maintenir au frais en été, d’où la couverture de survie et le meuble réversible pour changer de côté à chaque saison ! Quelques schémas explicatifs se trouvent ci-dessous.

 

En schémas :

Vue du dessus de mon City Worms, au sein de l’abri. Configuration hiver à gauche et configuration été à droite.

Premiers tests

 
 

Enfin tout ça c’est la théorie.

En pratique

Dans mon abri, au cours des quelques jours de grosse chaleur que nous avons récemment eus en région parisienne, il ne faisait que quelques degrés de moins sous l’abri qu’à l’extérieur. En effet, les températures finissent par s’équilibrer et seul l’apport direct de chaleur par les rayons du soleil est évité.
Aussi, le matériau de l’abri se réchauffe le jour et émet de la chaleur la nuit.

Premières conclusions

Avec un meilleur système, le refroidissement à l’intérieur de l’abri devrait être nettement plus rapide que s’il n’avait pas été recouvert de la couverture.

Malheureusement, en période de canicule, on ne pourra pas éviter un bon 30-35°C à l’intérieur de l’abri. Cela provient notamment des autres mécanismes de transfert thermique : la convection, l’apport de chaleur par apport de matière chaude, par exemple de l’air plus chaud, et la diffusion, le transfert thermique de proche en proche (par exemple, le transfert thermique au travers d’une paroi opaque).
Le premier effet se contre en bouchant bien tous les trous, le second en employant des matériaux isolants dans la fabrication, comme de la laine de verre dans le bâtiment, de la paille, des bouts de tissu, etc.

Vue du dessus de mon City Worms, au sein de l’abri. Dans ma conception, les différents panneaux s’articulent avec des liaisons pivotantes, de manière à ce que le meuble soit réversible.

Les améliorations apportées

Le problème vient partiellement de ma conception de pauvre qualité. J’ai fabriqué l’abri en morceaux de palette avec un déficit de clous pendant une période où tous les magasins de bricolage étaient fermés : je n’avais pas vraiment les meilleurs outils pour pratiquer. Si quelqu’un veut se lancer dans une telle fabrication, voici mon retour d’expérience:

 

Sur la structure

Utiliser des plaques pour les parois plutôt que des cadres en planche avec la couverture de survie tendue dessus. Une couverture de survie est assez solide tant qu’il n’y a pas d’amorces de déchirure, après ça se déchire comme du papier cadeau. J’ai déjà quelques trous, notamment une belle déchirure d’un côté. En plus cela évitera que la couverture batte au vent en faisant un bruit de papier alu. Il existe également des modèles de couverture réutilisables, plus solides mais pas beaucoup plus cher.

J’ai bricolé un système de charnière avec des morceaux de palette et des clous [2]. Dans un premier temps, il vaudrait mieux utiliser de vraies charnières en métal.
Pour aller plus loin, il vaudrait mieux employer un système qui minimise les interstices entre les différents panneaux, par exemple en supprimant les liaisons pivotantes et faisant en sorte que les panneaux s’emboitent, avec des chevilles en bois par exemple. On n’a besoin de changer les faces que deux fois par an finalement, ce n’est pas grave s’il faut tout démonter et remonter : visser les différentes parties entre elles sera probablement plus solide et plus hermétique, c’est une autre solution.

 

Étanchéité

La couverture de survie est bien imperméable, on a essuyé de gros orages et je n’avais pas une goutte sur le composteur. Néanmoins, je ne sais pas comment elle résisterait à l’impact de grosses gouttes ou de grêle si elle ne reposait pas sur une surface pleine (i.e. une plaque au lieu d’un cadre).

Toujours dans le registre de la pluie, un couvercle incliné est nécessaire pour que l’eau s’écoule à l’extérieur au lieu de s’infiltrer dans l’abri et donc sur le lombricomposteur.
Faire un panneau en forme de « T » (cf. schéma ci-contre) pour éviter que de l’eau ne coule sur le composteur par effet Coanda (propriété des fluides à suivre les parois, typiquement visible sur les becs verseurs de théières).

N’oubliez pas que le couvercle aussi doit être réversible !

Pour aller plus loin

Je pensais être ébloui de jour par les surfaces réfléchissantes de la couverture de survie mais le plus gênant est le bruit de froissement de la couverture battue par le vent. Ce problème devrait être résolu en utilisant plutôt des plaques que des cadres de planches

Réduire les autres transferts thermiques, la convection en bouchant bien tous les trous de l’abri et la diffusion en utilisant des matériaux isolants (pas forcément évident). Encore une fois, on voudra privilégier une méthode de liaison des panneaux minimisant les interstices.

Un abri mieux réalisé sera probablement plus efficace que le mien, notamment en minimisant les fentes et interstices. En pleine après-midi, 27 degrés sur mon balcon, il n’en faisait que 24 à la surface du composteur. C’est déjà ça de pris mais pas suffisant.
Je pense qu’on devrait pouvoir sauver quelques degrés en améliorant l’isolation (convection et diffusion).

 

Conclusion :

A 35 degrés dehors, je ne suis pas certain que ce genre de construction pourra faire des miracles. La meilleure solution restera probablement une cave ou un garage.

Personnellement, j’ai fini par mettre le mien dans le parking après avoir senti l’enfer en plongeant mes doigts dans le compost. Les vers y sont depuis un mois et pètent la forme.

Et vous, avez-vous déjà imaginé/conçu une meilleure solution pour protéger vos vers de la chaleur et/ou du froid à l’extérieur ?

Notes :

[1] En vérité j’avais deux autres solutions en tête :

  • Une solution préventive, qui aurait été de monter un tissu tendu sur un cadre à poser autour du composteur, de manière à interdire l’accès aux moucherons. Je n’ai jamais pris le temps de le faire et quand je l’ai eu, il était trop tard. Je ne suis pas sûr que cela aurait résolu le problème.
  • Mettre le lombricomposteur sur notre place de parking. C’est pénible pour deux raisons, la première parce que cela demande plus d’efforts pour aller les nourrir et s’en occuper, la deuxième parce que je n’ai pas trouvé de retour d’expérience de lombricomposteur dans un parking commun avec du passage, du bruit, un air pas forcément au top, etc.

[2] Il ne s’agit pas vraiment d’une charnière, cf. premier schéma ci-dessous. Un gros désavantage est que les panneaux doivent être plats (ou horizontaux) au niveau des liaisons, ce qui fait qu’il y a un jeu entre le couvercle et les côtés, cf. second schéma. Aussi, cela peut créer un jeu en bas des panneaux.

 

Schéma de la liaison pivotante entre deux panneaux constituant les côtés du lombricomposteur. Les clous sont représentés en rouge. Un panneau est lié via un unique clou pour laisser libre la rotation.

Vue de côté du lombricomposteur dans son abri. L’abri est conçu pour avoir un couvercle incliné afin de laisser s’écouler la pluie. Malheureusement, avec le système de liaison pivotante qui nécessite un appui plat, cela crée un jeu entre le couvercle et les côtés de l’abri

Laissez-nous vos idées et retours d’expériences dans les commentaires !

 
 

À propos de l’auteur

Vincent

Vincent

J’ai démarré le lombricompostage en début d’année pour plusieurs raisons : réduire mon impact sur la planète, apporter à mes nombreuses plantes un super engrais maison et aussi pour le défi.

Dans ma démarche, internet m’a beaucoup aidé à démarrer et plus2vers.com m’a permis de me lancer, grâce aux supers conseils qu’on peut y trouver mais surtout en me donnant la possibilité de rencontrer des donateurs. En participant au site je souhaite rendre un peu de ce qui m’a été offert.

On fait tous ce qu’on peut pour rendre le monde meilleur. C’est pourquoi en parallèle j’ai débuté, timidement encore, un site pour aider les téméraires à mieux comprendre les défis de l’écologie. Passez me voir si ça vous tente : https://decryptologie.wordpress.com/

 

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